Notes du Disparu...

La culpabilité m'envahit, peut être aurais je pu réduire l'emprise acérée qui m'étreint en prêtant attention aux quelques rares augures qui prévenaient de sa venue. Ces petites choses inhabituelles, ces faibles perturbations dans la continuité auraient du m'alerter, mais elles n'ont eu guère plus que l'écoute distraite de mes oreilles et mon regard bref, pressé. Cela dit, ce ne sont que des suppositions, des regrets et des « si j'avais... » sans grand intérêt et qui contribuent à me morfondre. Au plus loin que je me souvienne, tout a commencé par une période étrange, intemporelle et discordante, durant laquelle la vie quotidienne pleine de projets et de sursauts semblait, de manière contradictoire, être la fin d'une ère. J'ai encore l'image de quelques ciels roses-orangés de fin de journée où l'horizon scellait le retour de l'astre clair. Sur le bout des lèvres un soupçon d'atmosphère, toute une panoplie de senteurs et de goûts qui s'estomperaient peu à peu dans une lassitude tendant vers l'inertie et l'arrêt complet, la disparition de tout mouvement. Or donc ces derniers temps étaient ponctués d'incohérences, de failles et d'erreurs s'accumulant jusqu'à exclure carrément toute rationalité et passant outre les proportions habituelles de choses inexpliquées. Un lieu qui s'assombrit, un coin dénigré par la lumière des cieux, une lampe qui grésille, une porte qui claque, un chat qui vous regarde tel un témoin de l'ombre vous accompagnant de ses yeux majestueux jusqu'à votre condamnation, un acouphène qui vous coupe de la réalité comme lorsque l'on repose immergé dans son bain et qui ne laisse que les torsions grimaçantes de ses interlocuteurs, baignant dans un bruit sourd et continu...

Puis j'ai commencé à sentir des présences, des formes intangibles près de moi, dans les pièces de mon appartement. Parfois, pris d'une soudaine rigidité et de tremblements je restais figé dans ce que je faisais car persuadé que « l'on » gisait chez moi, plus loin dans le couloir et que « l'on » faisait de sombres choses. Dans ces moments je pouvais sentir mon dos s'iriser et des gouttes de sueurs glacées perler sous mes vêtements. C'était, dans mon esprit, exactement comme si d'anciennes émanations réveillaient d'anciens sens et instincts, des peurs animales enfouies. Parmi les quasi-normales absurdités de la réalité, je parvenais à saisir lesquelles sortaient de l'ordinaire, et elles me prenaient toujours au dépourvu et à l'instant le moins opportun, ainsi qu'à l'endroit qui me laissait le moins de fuite possible. Malgré une compagnie rassurante de temps à autres je ne pouvais me sentir en sécurité nulle part alors je suis parti. Le délais nécessaire à sa progression, à sa propagation dans un nouveau milieu me laisse de quoi subsister, mais elle me retrouvera et ce n'est que repousser l'inévitable.
# Posté le jeudi 17 avril 2008 20:03

Idée :)

Idée :)
Du n'importe quoi ressorti aujourd'hui de sous un meuble... euh... bon... voilà.
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# Posté le samedi 15 mars 2008 09:32

Le Faune - Colorisation...

Le Faune - Colorisation...
La colorisation de la première planche tirée du scénario "Le Faune". Tout ça réalisé par Maryline, merci :)

Par contre ça tarde beaucoup pour la suite du storyboard...
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# Posté le samedi 15 mars 2008 09:28

La vie de l'Hermite et des associations inconscientes - I. Les nains bleus...

La vie de l'Hermite et des associations inconscientes - I. Les nains bleus...
En pleine irradiation solaire d'un jour comme un autre, tandis que du sable brûlant émanait une onde vacillante, l'hermite gisait. Immobile sur le seuil de sa fragile cabane de terre et de bois, il guettait le vide bleu du ciel et se prélassait. Malgré une importante place réservée à la solitude, la mélancolie et la sérénité, la vie de l'hermite était ponctuée d'embûches étranges, absurdes et inattendues. Et si à cet instant son entrain était latent, son esprit bouillonnait sous son air paisible, et son âme semblait jaillir derrière les lunettes noires juchées sur sa tête penchée.

La nuit tombait lentement, le sol se refroidissait et fumait ça et là. L'hermite prit son temps et son aise pour arroser une plante verte insignifiante et secoua au passage la lanterne de l'entrée pour que les lucioles se réveillent. Elles agitèrent leurs petites ailes et commencèrent leur danse lumineuse et lancinante. Puis il referma la porte, laissant la Lune et sa douceur blafarde. L'intérieur était éclairé par une lampe à huile changeante, qui plongeait tantôt la pièce dans une chaleur jaune orangée, et tantôt dans une ivresse émeraude. L'homme s'installa au milieu, sur une chaise usée, puis se pencha sur un bureau poussiéreux surmonté d'une série d'étagères obliques et chargées de strates d'objets et de documents. Il s'attarda sur les finissions grossières d'une esquisse représentant une petite créature humanoïde aux traits caricaturaux.

Ces dernières nuits n'avaient pas été très reposantes, l'imprévisible matière noire avait encore fait surgir de mauvais songes de ses entrailles, et ceux ci semblaient parcourir la plaine de temps à autres. Pris de visions et de troubles, l'hermite cherchait une réponse à ces bizarreries. D'autant que ces récemment il avait été victime d'une confrontation avec quelques nains bleus. Ils l'avaient tirer de son sommeil par le bruit de leur labeur nocturne trois nuits auparavant. Aux aguets, l'homme avait découvert un mystère sur leur présence. En effet, ces petits êtres entreprenaient une bien insolite cavale dans le désert environnant et certains ouvraient des trappes invisibles qui devaient mener à d'horribles abysses, à en juger l'odeur qui s'échappait de ces puits.

Depuis, il avait fait des recherches, sur les nains, les trappes, toutes les choses qui mettaient en alerte sa curiosité. Bien sure il avait fait preuve de discrétion lorsque venait la nuit, afin de ne pas se faire remarquer, et ce même quand d'affreux nabots bleus pillaient quelques outils parmi le foutoir entassé autour de sa cabane. Il les observait depuis sa couche, un ½il et un bout du nez en travers des rideaux, tel un chasseur. Aucun de ses grimoires n'avaient put satisfaire son désir d'étude, il entreprit de rassembler quelques éléments. Il s'en suivi une quantité de lignes manuscrites gribouillées, ainsi que quelques clichés baveux sorti d'une vieil appareil à soufflet. Au terme de cette session d'enquête, l'hermite décida de passer à l'action. Il avait mis au point un plan et il état résigné à le mener à bien. Il flottait au beau milieu de ce désert vaporeux depuis assez longtemps, ses vivres d'épuisaient et le rance gagnait l'intérieur de sa tanière.

Le lendemain, la plaine avait retrouvé son calme, les lucioles dormaient en sifflotant dans leur prison de fer. Mais dans sa cabane, l'hermite se préparait pour une descente périlleuse. La nuit avait encore une fois introduit son insidieuse influence aux tréfonds de son esprit, et, soumis à son ambition, il avait réfléchit jusqu'à fondre de fatigue. Embrumé de sommeil, mais résolu, il ajustait sa gourde d'eau à sa ceinture et jetait dans un sac de cuir les derniers éléments de son bagage, une miche de pain, sa lanterne et une pierre sombre et luisante. C'était ce qui lui restait du monde d'autrefois, un vestige de ce qui n'existait plus que dans son souvenir décalé. Cet objet, quand l'envie s'en faisait sentir ou la situation l'exigeait, pouvait le rendre mi ombre mi lumière..

Alors, l'hermite quitta sa cabane et parcoura une courte étendue de désert jusqu'à l'emplacement de la trappe la plus proche, qu'il avait pris soin de noter. Un vent poudreux se levait tandis qu'il y parvenait, l'après midi faisait sentir son subtile effacement. Il dégagea le sable pour mettre au jour une large dalle de pierre étonnement sculptée. Des motifs indéfinissables semblaient onduler à sa surface. Avec force peine il descella la trappe et la fit basculer sur le coté. Elle s'écroula dans un refoulement de particules suffocantes, avec un bruit sourd, et laissa l'air frais pénétrer dans ce couloir impie, ce gouffre sombre et infini qui s'offrait à ses yeux. Il entreprit sa descente, en état complet de pointilleuse inspection, au bout de ses facultés de perception. L'atmosphère paraissait incertaine et sur le fil, dans l'attente incommodante d'un effroi insaisissable. Même les lucioles qui l'avaient suivi contraintes tremblaient et brillaient fébrilement, si bien qu'il dut à maintes reprises maintenir leur éclat en les remuant.

Il s'engouffrait davantage sous la terre, avançant à tâtons en anticipant la pente. Les murs rocailleurs et ruisselant s'ornaient de moulures naturelles et de cristaux verdâtres, disposés en blocs sur les cotés. Il reniflait, se frottait le visage, l'humidité ambiante avait un aspect acide et rêche. Sa progression fut stoppée à la vue odieuse d'une horrible statue façonnée dans le mur. Son caractère amphibien stylisé emplissait d'angoisse le c½ur de l'hermite. Il la scruta avec crainte et admiration, et naquit en lui l'envie de la dessiner. Mais l'objet de cette exploration devait être bien plus loin, dans les profondeurs. C'est alors qu'il remarqua une autre source de lumière que ses petites amies magiques, au loin dans un corridor. S'approchant discrètement, il s'empara de la pierre noire dans son sac pour se rassurer. Il se plaqua contre le mur formant la dernière zone d'ombre te s'arrêta pour prêter l'oreille. Aux légers sifflement réguliers, il en déduit dans des sentinelles devaient dormir jusqu'à ce que l'une d'elle ne tousse brusquement, réveillant par la même occasion son compagnon, qui grogna à son encontre. La sueur coulait le long du bras crispé de l'homme, rendant la pierre glissante et difficile à saisir. Cette dernière s'activa et transforma la silhouette de son porteur en une faible forme qui troublait à peine la lumière. Il en profita pour filer entre les deux nains qui humaient l'air et cherchaient alentours. Puis il s'esquiva, les laissant à leur perplexité.

Il continuait depuis un long moment sa marche frénétique. L'air se fait plus chaud, quelques gouttes perlaient encore sur son front. Au détour d'un couloir il trébucha, s'étala de tout son long et heurta de sa tête une sorte de végétal gonflé, spongieux, qui éclata en une myriade de pollens volatiles. Enivré de senteurs sucrées, l'hermite se sentait suivre un flux, un fluide, le sens d'une énergie insoupçonnée qui le menait à présent. Sa course sembla s'accélérer, les contreforts cristallins projetaient des rayonnements aux couleurs vives sur la roche. Les lucioles fusionnaient, émettant des vibrations sonores pulsées qui s'éloignaient en petites vagues sur la matière. Il traversa des formations minérales démentielles, découvrit de hautes salles aux plafonds infinis, des rivières souterraines qui sortait de rigoles improbables. L'eau, d'un son clair, s'infiltrait dans la pierre vers des lieux que l'hermite ne pouvait imaginer.

Beaucoup plus loin, beaucoup plus tard... L'hermite marchait avec paresse, les cernes dépassant de ses lunettes et le pas ballant. Sa lanterne ronronnait presque et la lumière n'en sortait qu'aux sommets de la tranquille inspiration des lucioles. Le jaune orangé avait discrètement repris sa place après la dernière cohue chromatique. Il s'arrêta dans une minuscule salle creusée sur la droite du couloir dans lequel il vagabondait. Posant son postérieur sur le sol terreux et sa lampe sur la table en marbre, il découvrit une pioche et des restes de nourriture. Fouillant plus encore il retira d'une fissure murale un rouleau de papier humide :

« Le modificateur universel effectue un changement de paramètres, dont le choix est aléatoire, sur l'ensemble des dimensions et selon un axe unique. Attention, seul l'appareil et son utilisateur présent son exempts d'affectation. Tout opération est potentiellement irréversible. »

Bouleversé par sa trouvaille, qui avait réveillé son sens alerte, il quitta la torpeur de cette antichambre. Il pris soin de récupérer le parchemin pour sa propre enquête, mais aussi car il trouvait mal choisi de laisser reposer un si lourd mystère ici bas. Intrigué et terrifié par ce qui se cachait plus loin, il reprit sa route.

Tout à présent affirmait son intuition de toucher à un but, la brume verdâtre qui s'échappait des cristaux, la forte odeur saline, l'humidité saturée de minerai. Il suivait une source phosphorescente, ses petites bestioles devaient être anesthésiées. Et enfin, le corridor se terminait sur une perspective. Il déboucha au bas d'une gigantesque salle sphérique, aux parois entièrement recouvertes de blocs d'émeraudes aiguisés et luminescents. Un mince sentier partait de l'entrée et filait en spirale sur la base concave. A mi chemin, il formait un pont tel une corde jusqu'à une étroite plate forme suspendue dans le vide, au centre de l'édifice. L'hermite observa un moment cet étrange endroit, apogée apparente de son aventure. Puis un infime bourdonnement se concrétisa en cavalcade et coupa court à sa stupéfaction. En effet, on courrait dans le dédale derrière lui. Ce devait être les nains qui revenaient. Il était entré trop tard et la nuit avait scellé son retour. Alors il s'empressa de gravir le long de la sphère, prenant garde d'éviter les arrêtes de cristal. Il lui restait encore deux tours quand de l'ouverture déferla une armée de nains bleus. Prus de paniques, l'homme s'activa de plus belle, faisant voler ses affaires, et gagna enfin la plate forme. En bas, les petits êtres criaient et s'entassaient en amas et en échafaudage pour permettre aux nouveaux arrivant de compléter la pyramide. L'hermite faisait face à ce pourquoi il était descendu, la source de l'agitation qui avait perturbé la nuit calme du désert ainsi que sa retraire. Il s'agissait d'une sorte de levier, d'une manette à l'usage proscrit d'être actionnée, la clé d'un mécanisme cosmique. Au sol gisait un autre parchemin :

« Employez l'actionnement et les graduations micrométriques pour une modification locale et contrôlée. Utilisez la modulation macro métrique pour une modification plus large. Le mouvement est fonction de l'amplitude globale de la variation. »

L'armée se rapprochait et l'hermite devait faire un choix prestement. Si les nains utilisaient cet objet sidéral, il risquait alors de disparaître. C'était un choix de vie ou de mort, mieux valait lui qu'eux tous. Il tira de toutes ses forces sur le levier, qui bascula dans un grondement terrifiant, déclenchant quelque part une machinerie infernale, imprévisible et irréversible.
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# Posté le mardi 11 mars 2008 14:16
Modifié le mercredi 12 mars 2008 08:33

On cherche de quoi étouffer nos suppliques...

On cherche de quoi étouffer nos suppliques. Et on trouve toujours d'ailleurs. C'est une source inépuisable, un masque d'abondance de la miséricorde. La silhouette qui déambule, tremblotante, dans le grand hall de son milieu de vie, où circulent toutes les influences. "Je prendrai la prochaine, je prendrai la prochaine..." marmonne-t-elle, les yeux rouges à demi ouverts, et à demi convaincue par ses mensonges démentiels et perpétuels. Si elle ne crie pas c'est qu'une forte amplitude des vibrations de ses cordes vocales est mieux adaptée à l'éventuelle véracité de ses propos. Au même titre que l'on peut parler fort, on peut penser fort. C'est pour cette raison qu'elle obscurcis son intellect dans un brouillard de mutisme récurrent.
# Posté le mardi 25 décembre 2007 17:18