La sonnerie du téléphone retentit, et m'extrais de mon état léthargique. Mes yeux s'ouvrent sur mon âme et le monde des vivants. Mes lèvres s'ouvrent et je laisse échapper mon premier soupir depuis que je me suis endormi. Je me redresse, récupère mes fonctions motrices et me lève. Je saisis le téléphone et réponds.
Moi : "Allo..."
L'autre : "Pardon pour le réveil... Tu songeais ? Bref... Ca va ?"
Moi : "Hhmmm... Ouais... Je plane un peu là. Qu'est ce que tu veux ? Enfin pardon, et toi ?"
L'autre : "Ca va, hehe. Je t'appelle pour te proposer de me rejoindre et de partager des choses imaginaires à l'aide de divers spiritueux... Si ça te dit..."
Moi : "Ben... Ouais, j'arrive... Dans pas longtemps."
Mes clefs tintent dans ma poche, leur son résonne tandis que je déambule dans le noir. J'effleure les murs de mes mains. Depuis le temps, je connais les distances par c½ur, je sais quand il me faut tourner. Mes doigts trouvent instinctivement les verrous, que je défais. Un halo de lumière blanche envahi mon univers, je suis mis à nu. Je traverse un étrange endroit, brillant, dont le sol est recouvert de carreaux blancs de salle de bain. Puis, j'arrive dans la rue, il fait nuit dehors. Le ciel accueille une Lune timide et mince, il est d'un bleu fantastique, clair. C'est un ciel sur le fil de la fin du jour, que le soleil éclaire à l'horizon de ses derniers rayons mourant. Les grandes et fines cloches de métal, auxquelles sont suspendus des globes de verre contenant chacun une fée qui rougeoie, illuminent le trottoir d'une teinte de feu. Des échafaudages sur le coté semblent être un chemin de facilité dans la clarté encore présente. Je m'engouffre sous les poutres de fer. Elles sont humide et laissent tomber quelques gouttes sur mes épaules. L'une perle sur ma joue, je l'essuie du dos de ma main et regarde ensuite sa trace agonisante coulant sur ma peau. Elle scintille comme une étoile. J'arrive enfin au lieu du rendez vous, une petite impasse en retrait d'une rue pavée. Je pianote maladroitement une combinaison hasardeuse, mais juste, qui déclenche l'ouverture de la porte avec un bruit grave et perçant de mécanisme. Il fait noir dans ce hall circulaire, des miroir de chaque coté développent l'infinité de l'espace, on y voit son image à perte de vue. Distrait par cette vision je vacille et me retient aux boites aux lettres. Dernier étage... L'odeur de cire des escaliers me rappellent des souvenirs flous et lointains. La rampe de bois grimpe comme un lierre fou à travers les étages. Le plancher grince et me parle presque... Je frappe à la porte du fond, personne. Soudain, grâce à un discret rayon de Lune venant de la fenêtre du palier, j'aperçois une petite clé enfoncée dans le milieu de la porte, une sorte de réceptacle en métal, une serrure de laquelle on ne peut l'enlever. Une inscription en caractère ressemblant aux anciens pochoirs indique "Tournez, s'il vous plait". Je procède... J'actionne ce nouveau rouage qui sonne comme un minuteur. J'attends... Enfin la porte de bois s'ouvre et je vois apparaître une silhouette dans l'obscurité de l'entrée. Il y a quelques lumières rougeâtres, chaudes et rassurantes derrière.
L'autre : "Entre, installe toi, je vais cherchez du thé."
Moi : "Oui, merci... Bonsoir au fait... J'ai mis un peu de temps, je contemplait une goutte d'eau..."
Plongés dans un climat irréel, nous discutâmes longtemps sur divers sujets vaporeux. Les liqueurs embrumèrent nos consciences et nous nous laissâmes aller à tout un tas de discours sur les émotions et les sentiments. Ainsi que sur d'autres thèmes excentrés, mais non sans cohérence.
L'autre : "C'est une discipline à deux composantes, donc la valeur du message réside grandement dans l'attention."
Moi : "Oui... Il y a ceux qui écoutent, et ceux qui jouent. On peut tout écouter, sans limites apparentes, mais on ne peut malheureusement pas tout jouer..."
L'autre : "Quoique l'on puisse essayer, tout de même..."
Nous relatâmes différents souvenirs communs, des histoires de ci de là. Apres quelques heures parvint un instant d'hésitation, inévitablement la nature humaine nous y amena. Une gorgée de thé sucré, quelques fumés volatiles et une lumière confortable accentuèrent un désir latent. La fenêtre émit un faible grincement, suivit d'un courant d'air frais et subtile. La faiblesse a véritablement quelque chose de séduisant. La chaleur de la peau nourrit l'esprit d'une exaltation chimique, aveuglément addictive et la chair d'une flamme sensuelle...