Au beau milieu d'un désert de sable fin et blanc, recouvert d'un ciel noir profond sans nuage et sans étoile, il y avait une petite lueur. Un être maladroit et vacillant se dirigeait vers ce refuge, les bras tendus vers l'avant pour prévenir d'éventuels obstacles. La lumière provenait en fait d'un lampadaire métallique, sorti du sol. Sa tete recourbée surplombait une chaise en bois sur laquelle se tenait un bien étrange individu. Il etait affalé sur le dossier, et lisait un vieux livre à la reliure de cuir en plissant les yeux et en fronçant les sourcils. Il revêtait un accoutrement semblable à celui d'un bouffon, un habit de coton doublé d'un damier en satin noir et blanc. Une fine rapière pendait à sa ceinture. Le marcheur malhabile entra dans le halo du réverbère, et regarda avec étonnement le spectable qui s'offrait à lui.
L'homme aux vetements de bouffon, sans quitter son livre des yeux, dit alors :
"Vous cherchez le sommeil je parie. Il est parti plus au Nord, vous le trouverez au point de lumière numéro 12. Ici, c'est le 47."
Le nouvel arrivant laissa tomber ses bras le longs de son corps, et prit un air abasourdi. Puis, il se rendit compte qu'il était en pijama bleu clair et qu'un étiquette brodée au niveau de sa poitrine indiquait le nom "Gabrielle". Le doute et la confusion assaillirent son esprit. Son visage exprima un rictus de folie et il répondit un genre d'interrogation primaire et incontrolée.
"Qu... Quoi ?! Mais je suis où ?"
"Au 47, je viens de vous le dire." Rétorqua le bouffon.
Gabrielle : "Mais 47 quoi ? C'est une rue ici ? Je vois pas de mur ! Y a que du sable !"
Bouffon, gardant un air impassible et fixant sa lecture : "Ils sont completement fous ce soir..."
Gabrielle : "Et, pourquoi je m'appelle Gabrielle ?"
Bouffon, cette fois tourna sa tete vers son interlocuteur et lui cria, couplé d'une grimace déformante : "Mais non crétin, le recteur Gabrielle ! Vous cherchez le recteur Gabrielle ! Il est au 12, vous voyez le point lumineux là bas, c'est le Nord ! Allez y, ou bien achetez vous une boussole merde !"
Décontenancé, et ne sachant que dire d'autre, l'homme avec l'étiquette Gabrielle s'en alla dans le désert sombre et inconnu, en direction du point 12, indiqué précédemment. Derrière lui le bouffon ralait encore, les grelots de sa coiffe s'agitaient frénétiquement sous l'éclairage blafard du réverbère numéroté 47. Plusieurs heures passèrent, et la prochaine lueur se rapprochaient petit à petit. L'homme marchait lentement dans le noir... En chemin il croisa un squelette adossé sur le pied d'un lampadaire éteint. Il arriva enfin au numéro 12, qui difusait une lumière rouge. Une haute et somptueuse coiffure de cheveux blonds sortait d'une baignoire, accompagné d'une montagne de mousse et de quelques bulles de savon. Deux jambes fines et pâles sortaient de chaque coté, de l'eau dégoulinait des orteils. L'homme s'approcha timidement et toussa pour faire savoir sa présence. A ce moment la femme qui prenait son bain hurla à toute gorge et se cacha au plus profond de l'eau.
Elle cria : "J'avais dit que je mettais un cache rouge sur ma lampe quand je prenais mon bain ! Qui etes vous ?"
L'homme : "Ben... Excusez moi, il parait que je cherche Gabrielle... Euh, le recteur."
Sur ces mots, la femme sorti de son bain, rinça sa peau de la mousse et s'avança vers l'homme sans aucune pudeur. Elle avait une silhouette mince et une peau blanche et lumineuse. Une longue ligne noire était tatouée du haut de son front jusqu'à sa cuisse, passait sur sa paupière et le coin de sa bouche.
Elle dit, d'un air assuré, loin de la timidité et de la fragilité de sa premiere phrase : "Je suis Gabrielle, mais ce n'est pas moi que vous cherchez, c'est le sommeil dont je dispose. Alors, il va falloir me rendre un service immense, pour en bénéficier."
L'homme : "Mais je veux juste dormir... Rien de plus..."
Gabrielle : "Rien de plus ? Mais c'est ici le plus noble des raffinements... La monaie d'échange pour un tel souhait est au moins un baiser déposé sur mes mains si délicates.
Surpris, mais désireux d'en finir, l'homme prit une des mains de Gabrielle et la porta jusqu'à ses levres. A ce moment, elle attrapa la gorge de ce dernier et la tint fermement. Elle lui murmura à l'oreille : "Tu peux dormir, à présent."
L'homme s'écroula sur le sable en soulevant un petit nuage de poussière scintillante, et expira une dernière bouffée d'air en pleine conscience, puis sombra dans ses songes. Des visions de formes organiques et colorées peuplèrent son esprit embrumé, des visions de Gabrielle, le corps recouvert de lignes noires ondulant comme des serpents. Apres un temps indéfinissable, l'homme se réveilla, sur le sable, devant les portes d'une construction de pierre ocre. C'était une sorte de monument solennel, fiché au milieu du désert, éclairé par un réverbère. La devanture oscillait entre le renaissance et le baroque. Les portes d'ébène sombre demeuraient closes et puissantes. Il se releva, et de son regard flou et vague, il observa cet étrange édifice.
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