Behind the rack...

Behind the rack...
Encore un de ces cauchemars... J'allume la lumière jaune et glauque de ma chambre, il est pres de trois heures du matin. Je suis seul dans l'appartement. Je me redresse et reprends mes esprits. Quel moment désagréable, quelque part je preferais mes cauchemars à la réalité, surtout à cette prise de conscience en pleine nuit, sachant que j'aurais un mal de chien à me rendormir... J'aimerais me lever, et que toutes les choses qui étaient valables dans mes songes le restent ici. Pourquoi tout ça n'existe pas ?! Pourquoi les choses sont elles comme ça et pas autrement ?! Je me force à penser ailleurs, l'air nerveux, les sourcils froncés. Il le faut, il le faut, il faut que ces choses existent sinon ça ne sert à rien de vivre ici bas. Aller, elles existent, elles existent, depuis toujours, je n'ai qu'à tirer cette étagère et elles seront derrieres, bien sagement cachées, patientes... Je me convins de leur existence, c'est un fait irrémédiable. Dans ce genre de cas, il est nécessaire d'aller au bout de ses convictions ! Je me convins qu'elles existent, alors je vais à leur rencontre ! Je sors de mes draps et commence à tirer mon étagère. Je n'aurais pas de mauvaise surprise, je ne me retrouverais pas devant un mur banal, non ! Il y aura une porte, qui me menera jusqu'à elles. Aller ! Voilà, elle bouge cette étagère, elle bouge, tout est noir derrière, oh je sens que l'excitation monte... Dans l'obscurité je distingue quelque chose, qu'est ce ? C'est surement la porte, ça ne peut etre que ça ! Voilà ! Mon Dieu... Meme en me forçant, je n'y croyais pas mais là... C'est une merveilleuse surprise ! La porte, elle est bien là, oh mon Dieu... Mais comment ais je pu passer à coté pendant tant d'années ? Pourquoi personne n'en fait mention ? Il y avait des choses ici avant cette étagère et personne n'a jamais parler de cette porte. Fantastique... Elles existent, c'en est la preuve. Il faut maintenant que je l'ouvre... Je dois prendre des choses, une lampe, mon téléphone, une arme, tient cette connerie de hachoir. Superbe, c'est encore mieux qu'une descente, c'est une découverte extraordinaire ! Personne ne doit savoir, personne ne doit en connaitre l'existence, mais... Et si c'était déjà fait ? Non, depuis le temps les gens seraient venu... Allons, je marque rapidement sur un morceau de papier que je suis passé par la porte de derrière l'étagère, si je me perds ce sera un recourt. Bon, prenons une profonde inspiration... Plus de sang froid dans cette situation, l'adrénaline m'envahit, je suis euphorique. C'est étrange tout de meme, cette porte en bois, elle semble vieille, les charnières en fer sont completement rouillées, le bois est pourri. Allons, ouvrons... La poignée me reste presque dans la main mais je parviens à la tourner, j'entends la clenche basculer et la porte s'ouvrir dans un crissement infernal. Il fait froid, et humide. L'enthousiame est toujours présent mais je ressens quelque chose d'autre, une peur. Cet endroit est fascinant, mais sinistre... De l'eau ruisselle du plafond, je fais quelques pas, ça résonne. On dirait... On se croirait dans une sorte de grotte. Cette porte aurait du, logiquement, donner sur la cage d'ascenceur. Alors qu'est ce que je fais dans une grotte ? Peut etre viennent elles de là ? Oh, ce serait facheux, je ne me sens pas pres pour les rencontrer... Pas encore... Elles me font toujours peur... Ah, il y a quelque chose de visqueux là, j'éclaire. Un champignon qui pousse le long de la roche, des plantes étranges. De petits insectes volant semblables à des moucherons... Il y a un bruit sourd, comme de l'eau qui coule au loin. C'est la premiere fois que je vis, ou crois vivre, une scene aussi imaginaire, je ne peux pas retourner dans ma chambre, je dois continuer, c'est une opportunité. Si je rentre, peut etre que cette porte disparaitra de derrière l'étagère. Je dois rester... La lumiere est loin maintenant, je ne vois que grace au faisceau de ma lampe. On a souvent l'habitude de tout comprendre dans notre vie si facile et accessible, j'ai le sentiment d'etre perdu comme jamais je ne l'ai été. C'est à la fois troublant et plaisant... De la lumiere au loin, un halo brillant. J'essai de ne pas trébucher sur le sol irregulier, je longe les parois glissantes avec mes mains. Oh... Ou suis je... Qu'est ce que c'est que cet endroit ? Je ne suis apparement pas au bout de mes surprises... L'extérieur doit etre proche mais la source est éblouissante et je ne vois que ce qu'elle éclaire. Ce sont des plantes vertes et bleues que je n'ai jamais vu, une sorte de mousse végétale qui recouvrent la pierre, la vie abonde ici. Je ne vois plus ma chambre, je n'ai pas envie de revenir...

Mais le décor est encore une fois de plus tiré en arrière, comme quand les yeux se révulsent et qu'on aperçoit son champs de vision basculer de l'autre coté des orbites. Une horrible sensation parcourt l'échine, une aiguille penetre la colonne vertébrale, paralysant tous les membres et faisant craquer tous les os...

Trois heures du matin, il fait noir dans ma chambre... Je ne sais pas si je dois regarder derrière l'étagère...
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# Posté le jeudi 08 mars 2007 20:01

Modifié le lundi 23 juillet 2007 04:20

The hole...

The hole...
C'est comme si vous étiez dans une piece noire de monde et que pas une de ces personnes ne jetait un oeil sur vous. Là, sans la moindre attention de qui que ce soit, parfaitement insignifiant, inutile. Les autres parlent, rient, pleurent, chantent. Ils ont tous un coté social, une tendance à la diversité, ils discutent et partagent des émotions, des pensées, ils profitent. Mais non, personne ne vient... C'est le manque complet de présence chaleureuse et rassurante, c'est la triste vérité de l'instant qui frappe et ne fait pas de quartier. Beaucoup de choses à échanger, à donner meme, mais apparement nul ne se penche sur ce cas, ça n'interesse personne. Pourquoi, alors, se tuer à la tache ? Pourquoi donner tant et tant de sentiments et d'impressions sans aucune reconnaissance. On dit souvent que l'amitié et l'amour sont des sentiments non interessés. On dit que ces choses ne doivent etre faites qu'avec le coeur et sans désir de compensation. Mais on oublie de souligner que sans contrepartie, c'est un déséquilibre. Nous, qui passons notre existence entiere, à lutter, consciemment ou non, contre l'exces... Nous sommes en plein dedans...

Malgré une intense activité psychique et créatrice, qui sont les plaisirs et le raffinement de l'esprit, il manque quelque chose dans l'équation. Il y a un petit point noir qui n'a cessé de croitre, comme une tumeur que l'on tente d'oublier. On l'a rejeté longtemps dans un coin de la mémoire mais elle resurgit plus forte que jamais. C'est maintenant un gouffre, dans lequel plonge tout le desespoir de la présente situation. Encore une fois, tout devient terne, les couleurs s'évaporent, volatiles. La pierre ne montre que son gris triste et nostalgique. Les arbres ne dansent plus au gré d'une brise, ils restent figés, morts... Car en effet c'est la mort de l'âme, la petite mort par la chair... Comme les choses se recoupent et se croisent. Comme les évenements sont liés et comme les pensées sont traitresses. On croit pouvoir échapper au passé mais il revient à la charge plus souvent que le futur n'éclot...

Tous les petits objets qui nous entourent deviennent alors nos uniques compagnons, mais eux n'ont de vie que celle qu'on veut bien leur accorder. Un homme ne peut vivre face à un pantin qu'il fait parler et se mouvoir, car cette marionnette n'est que le reflet de lui meme et de sa profonde solitude. Il nous reste le souvenir, et meme si les évenements de jadis semblent beaux et délicieux, c'est une joie amere que d'y songer. Car ils ne sont et ne seront plus jamais. Alors il faut s'en remettre au vent qui court et qui dessine l'avenir devant nos pas désinvoltes.

C'est alors qu'une atroce pensée nous vient de loin... On se rappelle cette meme période de mélancolie, on la voit se produire à intervalle régulier dans cette existence. Jamais on a profité de l'instant si ce n'est dans les moments d'extase et de jouissance, où l'âme se souleve comme propulsée par un vent celeste et grimpe les cieux pour s'évader de cette terre qui depuis des temps immémoriaux, a perdu sa fertilité. On pense sans cesse au passé, on envie notre enfance pour l'insouciance et l'innocence, la découverte et la béatitude. On envie chaque plaisir car il est ponctuel et rare, et en dehors de l'amour que le hasard ou la providence nous octroie, nous ne sommes que des reveurs frustrés et tristes, nous revoyons sans cesse la vie imaginaire que nous n'avons pourtant jamais vécu... Et lorsqu'on se penche sur l'au-delà, c'est par desespoir. On quitte le vieux monde pour chercher encore le mystere et l'inconnu, en esperant voyager vers d'autres terres et vers des temps meilleurs...
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# Posté le mercredi 07 mars 2007 19:34

Modifié le lundi 23 juillet 2007 04:20

Handle of umbrella...

Handle of umbrella...
I have an idea, let's spread out our minds. I think it's time for us to go chasing something reptilian. The draconian times... Let sleeping the dragon of internal organs, try to keep attention on harmonic facts, see the seven and tend towards the eight. Cause the first is at the same time human and god, and the second is eternity, the cycle. Who said the two snakes shall symbolize devil ? They're just making love... Whatever...

There's a curved form in the dark. She, or maybe he but I've the firm impression it has something female... So, she doesn't move, she's staying, faces me. I got a feeling... She's talking to me without speaking, or it's just my brain... She seems say "You shall leave this place instead of looking at me, child". I'd like to answer but she's really terrifying... No ! The child is grown stupid handle of umbrella ! I am not a naive kid anymore ! I'm not afraid and I don't care of what you're saying !

Silence... And she emits a low frequency sound, like a beast. I must stand and focus on her. She's talking again "Hmm... When you were three feet tall, child, I gave you the fear. The fear of me, to avoid contact between us. That's still of topicality. Only one thing has changed, you can speak to me. So, do it, but make it quick, cause I've no time for you stranger." Well... Well... I wonder why you call me stranger, you know me for long time, curved form. Why are you distant ? Remember you saw me nude, and you know all on my secrets and personality. Oh, sorry for calling you "handle of umbrella", I used to call you like that when I was younger. You know, I was eager to meet you once again. Eleven or twelve years, and you never came to see me...

Another silence... "You know child, I was eager too..." That's not true, that's only what I wanna hear. Please tell me truth, cause I believe in you and I trust in you of all my heart. I shall be sad if you lie to me, and really disturbed... "That's the truth, you are only a bit afraid of what the others think of you."

... Are you spirit ? "Yes, if you wanna call me like that." No, I really want to now, I've so many questions... Oh ! In fact ! Why are you here ? "You're standing upon the fall, and I got to push you on the little share of rock behind you." Ok... So I let you do your work, but make it quick cause I've no time for you umbrella !... That's a joke. Anyway you never came to see me for many years and you come back now to save me from something I couldn't feel, strange no ? I can't explain but I think you have something to ask...

Silence... "You see that ?" Euh, yes... That's what I'm writing on the mysterious creature I'm just talking with, you. "Burn that book." Never, this is not a book, this is a piece of paper and I don't have to receive orders from you. "Truce of useless speaking, you got to do something. Listen, chid. Go to the North, come back to your childhood memories, and find me there." Ok, I'm taking note... But, can't we speak here ? I've got a lot of things to talk about... "We cannot. But I got surveyors, they follow you... As hollows in your path. They watch you from the mind fields afar." Please, I don't want to stay alone in this room...

"I got to leave. Take care of you, child."

See you, umbrella...
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# Posté le mercredi 28 février 2007 20:27

Sombres bastions changent en ruine...

Sombres bastions changent en ruine...
Il y avait de hautes montagnes blanches et pures, bordées de lacs à l'eau claire et glaciale. Un ciel bleue et profond, lointain, aucun nuage. Tout était froid, mais une étrange ambiance chaleureuse apportait un certain confort. La conscience limpide et libre, il fallait simplement s'allonger sur le dos et se laisser aller au demi sommeil, au songe. L'eau était alors comme un écran transcendant dans lequel se projetaient un avenir radieux, issu de nos etres intérieurs. L'air respirait la béatitude et la sérénité et l'instant se faisait précieux, le présent chassait le passé et laissait le futur couler de manière fluide. Des voiles de couleurs fugaces taquinaient les cieux, comme des vapeurs, comme les rayons de lumière, que l'on voit le corps immergé, qui ondulent en dessous de la surface. L'eau... Cette eau partout, le sang se fait eau...

Sang se fait eau, eau s'évapore
Quand le tres haut jete le sort
Fils d'héraut, discours à tort
De son caveau, hurle le mort

Ciel de feu, pluie tombe amere
Fiel de sept bêtes à terre
Vielle de Dieu, noirs sons diffèrent
Tir franc de gueux, soulève colère

Sanglots de rage, perte de l'or
Billot de sage, quand la hyene mord
Dévot de page, futiles efforts
Plus de visage pour mille aurores

Blancs pavillons se dressent au fer
En déraison, esprits austères
Sans floraison, parvient l'hiver
Morte saison, joug de cerbère

Sombres bastions changent en ruine...
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# Posté le vendredi 23 février 2007 20:29

Histoire courte...

Histoire courte...
Elle se lève un matin de trop. Trop de choses en tête, trop de travail, de fatigue et d'énervement, trop de choses vont trop vites et pour la première depuis le début de sa petite vie, elle se sent dépassée. Etrange soirée et étrange nuit... L'esprit patauge dans le brouillard, il est sept heure du matin et déjà mademoiselle Claire se sent pressée. Elle sort de ses draps froids en vacillant, écrase son réveil pour le faire taire et tente de parvenir à la porte de sa chambre. Pas de lumière, pas encore, il faut profiter de cette chaleureuse obscurité avant de se jeter dans la foule comme dans une douche glaciale. Quel parodie de confort social... Elle faut chauffer machinalement de l'eau et se dénude en se regardant sur le miroir de sa salle de bain. L'eau coule sur les carreaux blancs et elle entre sous les gouttes qui agressent sa peau fragile et vulnérable. Elle se dit qu'on est peu de chose le matin, à l'orée de l'éveil. Elle pense à son rêve, mademoiselle Claire rêve beaucoup mais n'en parle à personne... Les gens ne comprennent pas dit-elle... Quelques minutes plus tard elle passe dans la cuisine, prépare son café et tient sa tasse des deux mains en regardant le jour se lever par la fenêtre. L'avantage d'habiter au septième étage à Paris, c'est de pouvoir contempler la vie grouillante en restant bien au chaud chez soi pense t-elle. La pauvre mademoiselle Claire ne devine rien de ce qui l'attend. Elle pense à Gabrielle, qu'elle a laissé en pleures au café de la Fée Verte il y a une semaine. Cette histoire tournait mal, il fallait en finir avant de s'empoisonner l'existence avec des excès de sentiments et d'émotions. Mademoiselle Claire évite les sentiments, ils lui font peur. Apres la longue journée de travail, elle devra retrouver Gabrielle, histoire de parler... Quelques gouttes de pluie coulent le long de la vitre... Il fait gris aujourd'hui...

Et encore un dernier... C'est le trente sixième et dernier carton qui entrera dans ce camion de merde. En même temps monsieur Jonathan n'a que ça à faire que de compter les choses pendant sa période de travail. Il a dégoté ce job il y a une semaine et pense déjà à la fin dans deux mois. Il compte tout et tout le temps, cette manie lui fait penser qu'il aurait peut être mieux fait de devenir mathématicien, plutôt que d'être le caissier parmi les dealers de Porte de la Chapelle. Mais il s'en est bien sorti, car savoir compter mécaniquement est un atout pour le rythme, surtout quand on est batteur. D'ailleurs, hier n'était pas si mal comme représentation, un publique un peu endormi certes mais une fin de soirée agréable, un peu trop axée sur la défonce peut être... peut être... Monsieur Jonathan se met au volant, ferme le portière et hésite et... Non il ne démarre pas, il a un peu mal quand il respire, il souffle un peu. Il marque une pause dans toute cette agitation. Il est dix heures du matin et cela fait déjà quatre heures qu'il travaille assidûment. Cette fois, il ne mettra pas de musique, un peu de silence, pense t-il, lui permettra de se reposer. Il traverse donc la ville sous la pluie, et se dirige vers le centre le tri de la Poste, celui d'Alésia. Apres avoir garé son camion dans la cour intérieur il observe. Personne... Il sort un petit flacon de sa poche et étale une ligne de poudre blanche sur tableau de bord. En s'approchant il se rappelle soudainement un évènement de la soirée d'hier. Une jeune femme au comptoir qui lui avait souris, avec le regard vide. Puis il inhale avidement le précieux contenu du flacon et relève la tête avec son rictus habituel...

Il est neuf heure du matin, Claire est dans une de ces périodes étranges où l'on travaille sans protester, la tête ailleurs et l'air distrait. Elle parcours le long couloir jusqu'à son bureau en faisant tourner la petite cuillère en plastique dans le deuxième café de sa journée. Elle n'aime pas les cafés d'ici, mais c'est une habitude... Elle s'assoit et allume son ordinateur. Elle reste un instant à regarder la photo de Gabrielle sur le mur, celle qu'elle avait prise pendant les vacances de Printemps, en Ecosse. C'est drôle, pense t-elle, c'était une belle époque mais l'être humain a une fâcheuses tendance à tout gâcher. Sa collègue qui partage le bureau n'est toujours pas arrivée, il fait un peu froid, et elle envie ses draps...

Supermarché, tout est illuminé, il y a des offres de réductions partout, des ballons multicolores et des montagnes de boites de conserves empilées. Des annonces pour des dégustations retentissent entre chaque musiques d'ascenseur et des gens étranges au regard empli de frénésie s'élancent dans les rayons en tenant fermement leur caddie débordant d'articles... Des gens, des gens, des gens partout... Des enfants, encore pire... Des mecs bizarre habillés en bleu qui interpellent n'importe qui, au hasard, pour leur parler de l'offre spéciale sur l'achat d'un four à micro-onde et d'un lot de vaisselle en plastique... Et, au milieu du rayon frais, il y a Gabrielle... Elle regarde bouche bée une motte de beurre et une autre à coté. Un panier pend à sa main, dedans il y a un paquet de six tranches de jambons, un pot de dentifrice, une boite de raviolis et une boite de tampons. Elle a l'air peu éveillée, pourtant il est onze heure mais la nuit fut longue et chargée, et aujourd'hui Gabrielle ne travaille pas. Son esprit bloque entre du beurre allégé et enrichi en Omega 3, avec des extrait d'huiles végétales et du beurre tout ce qu'il y a de plus simple, à base de lait et contenant du sel. Elle se demande si cela va vraiment jouer sur sa petite taille, et si quelques grammes vont s'ajouter à ses quarante cinq kilos. Et puis merde se dit-elle, elle prend le beurre qui semble vrai, l'autre a une tête en plastique et il est tout pâle, on dirait qu'il est malade... Elle arrive à la caisse, reste dans ses pensées et attend que la vieille dame devant elle finisse d'entasser ses paquets de mouchoirs. Il y a un jeune homme à la caisse d'à coté qui s'est armé de plats à réchauffer. Il a un carton à dessin, elle le trouve joli. Puis la caissière la fait redescendre sur terre en lui criant que c'est à son tour. Gabrielle dit pardon timidement et sort son porte monnaie, toutes ses pièces tombent et roulent sur le sol, dont la majorité finissent sous la caisse... Mauvaise journée... Et en plus le jeune homme est parti... Elle rentre chez elle en marchant le plus possible sous les devantures recouvertes de magasins, parce qu'il pleut toujours... Durant tout le trajet jusqu'à chez elle, elle a regardé sa jupe verte foncée...

Pause de midi, Jonathan est toujours au centre de tri d'Alésia, il attend un ami à lui qui habite dans le quartier pour aller déjeuner. Quelques temps plus tard il est attablé dans un traiteur chinois, avec une assiette de nouilles sautées, des raviolis aux crevettes et des brochettes de poulet au saté. Il parle de tout et de rien à son ami, de la soirée d'hier, de musique, de la fille au comptoir. Son ami la connaît, une ancienne camarade de classe, elle s'appelle Claire. Puis, comme à son habitude, Jonathan glisse quelques billets sous la table et récupère un petit sachet de poudre blanche. Son ami doit partir, lui reste là en finissant lentement son déjeuner. Il regarde dehors, voit les gens passer, s'activer. Il observe les vitrines, les voitures, les bus, un groupe d'enfants encadrés par leur institutrice... Et il compte les dernières nouilles de son assiette...

Une alarme retentit, des hommes et des femmes, tous habillés pareils sortent en se pressant du bâtiment. Claire sort également, elle ne comprend pas trop, elle se dit juste que c'est bien triste tous ces gens avec les mêmes vêtements, elle imagine des tenues excentriques... Un collègue annonce une fausse alerte incendie, tout le monde entre lentement. Certains restent dehors, sous la verrière de l'entrée de l'entreprise. Claire allume une cigarette. Elle pense à ce soir qui approche, que va t-elle dire à Gabrielle, il ne faudrait pas que ça se termine mal. Il faudrait prendre du recul... Ca approche vite et elle a un petit peu peur, elle aimerait que tout cela n'existe pas. Elle frissonne à cause d'un courant d'air frais, éteint la fin de sa clope et remonte à son bureau. Elle repasse par le même long couloir et regarde la cour intérieur sur laquelle donne les fenêtres. Il y a un espace vert ridicule avec un pauvre buisson et un arbre minable... Elle croise, sur un des murs, un autocollant avec un lapin rose. Elle sourit en se demandant qui a bien pu mettre ça ici, avec tous ces coincés... Et il pleut toujours, quel sale journée...

Le chat se frotte contre les jambes de Gabrielle, il ronronne, mais elle reste impassible, concentrée sur son écran. Elle écrit, des pages et des pages de nouvelles. Il est seize heures, journée plutôt banale... Elle s'affale sur le dossier de sa chaise, regarde le plafond, les quelques mégots dans le cendrier, le fond de sa tisane à la camomille. Elle pense aux cheveux de Claire, à ses cheveux roux et lisses, à sa peau. Puis elle fronce les sourcils comme pour chasser ces idées et se lève. Elle attrape son chat et le caresse, elle fait quelques pas dans son appartement, elle cherche l'inspiration. Comme à son habitude elle fait toutes les pièces, car un jour elle a pensé que l'inspiration pourrait être une petite chose que l'on cherche et qui se cache et qu'en fouillant tous les recoins du lieu où l'on se trouve, c'était un peu comme si on fouillait tous les recoins de son esprit, à un instant précis. Elle pense que parfois, ses pensées sont étranges... Le chat descend de ses bras et s'en va. Les chats sont ingrats...

Il est tard... Les gens rentrent du boulot, il pleut toujours, et la nuit tombe. Les trottoirs sont trempés, de petites lanternes illuminent la ville. Jonathan a finit sa tournée et ramène son camion, il passe par le tunnel de Châtelet. Gabrielle attend dans un café, elle joue nerveusement avec le papier du morceau de sucre qu'elle a plongé dans la tasse. Elle regarde l'heure, puis son portable. Les gens ont tous en face d'eux quelqu'un à qui parler mais elle reste seule, exclue... Claire marche précipitamment sous son parapluie rouge. Elle s'est habillé avec de nouveaux vêtements, un jupe longue noire et une chemise centrée bleue foncée, elle a fait ceci afin de ne pas rappeler des choses à Gabrielle... Elle a le soucis du détail... Jonathan voit venir les lumières à intervalles réguliers, il compte, il croit presque entendre ses riffs de batterie. Il allume enfin la radio, pour la première fois de la journée et se laisse envahir par les flash publicitaires et autres stupidités qui rodent sur les ondes à cette heure. Il commence à chanter tout en se courbant sur son volant pour mieux voir la route. Puis, il voit venir la sortie du tunnel... Un lampadaire l'éblouit, il va trop vite... Il plisse les yeux et frêne, mais c'est déjà trop tard. Il aperçoit le parapluie rouge, puis le visage de la jeune fille d'hier soir. Il s'en suit un choc violent, Jonathan heurte le volant et perd le contrôle de son camion, il s'encastre dans les premières tables d'un café, les chaises volent... Il voit quelques lumières blanches, vagues, et sombre dans le noir. Gabrielle a entendu, elle se lève avec une mauvaise intuition, sort du café et se fige devant ce qui vient de se passer. Elle ne peut même pas crier, ses yeux débordent de larmes et elle tremble. Une jeune femme est étendue sur le trottoir humide, sa longue jupe noire est déchirée et un filet de sang coule de sa bouche. Elle ne bouge plus... Ses beaux cheveux roux reposent sur le sol. Un souffle glacial fait frémir la nuque de Gabrielle...

« J'avais envie de détruire quelque chose de beau »
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# Posté le vendredi 23 février 2007 12:45