Lieu oublié du Lacus Somniorum...

Lieu oublié du Lacus Somniorum...
Il est peut etre trois heures du matin. Je ne sais pas ce que je fais là, dans cet endroit si glauque. Aucun souvenir cohérent ne me revient de cette journée. Il me semble que je devais passer chez à Paris pour récuperer du matériel photographique. Je crois... Je crois que j'avais à l'idée de prendre des clichés d'une zone industrielle du Nord de la France, enfin pres de l'Oise plutot. Là ou de vieilles épaves de l'ère du charbon hantent les paysages au loin, où des usines fantomes rouillent et croupissent pres de rivières polluées et sans vie. En y réfléchissant, ça ressemble à ça autour de moi là. Mais qu'est ce que je fous là putain... Où est ce qu'on est là... Pas de réseau en plus, génial... Pas de tune, putain de merde... Et pas l'ombre d'une civilisation active. Quelle idée de faire des photos de décors industriels, on s'en tape au fond, c'est vrai tout le monde s'en fout, à la limite ça interessera quelques agités du bocal... En tout cas, ça ne fait que cultiver ma tendance à errer dans les endroits les plus sombres, les plus glauques et les plus oubliés de la planète... J'ai une drôle de sensation, les yeux qui picottent comme si j'étais fatigué. D'ailleurs je le suis en fait. Et je suis me sens engourdi... Faut pas que je m'assois sinon je vais dormir ici, dans ce trou. Bon alors, sans déconner faut faire un truc là, faut que je me bouge un peu. Alors par où je pourrais aller... Déjà il faudrait que je trouve quelqu'un, qui puisse m'expliquer où je suis précisément et qui puisse m'indiquer une adresse utile, genre une gare, un bar, une cabine téléphonique, un endroit ou ça capte, j'en sais rien moi... Oh merde, il reste trois clopes et... putain... deux allumettes... Hehe, franchement, ça craint. C'est ridicule, en plus je rigole tout seul. Je marche meme pas droit, putain mais qu'est ce que j'ai, c'est grave... Bon, Oh ! Du calme, on bouge plus là. Alors, déjà il fait bientot nuit, il fait presque noir. Je vois rien à l'horizon, meme pas des pilones, pas de route, juste un vieux champs de blé coupé et une usine moisie. Pas une lumière... Ca me fait plus rire là. Qu'est ce que je fous la putain !! Je l'ai déjà dit, ça sert à rien de gueuler je crois. On dirait que je suis défoncé c'est incroyable, pourtant il me semble pas que... Ben nan je crois pas. J'étais à Paris, je devais passer chez... ouais... ouais, apres... ouais, ok, ben nan alors comment j'ai pu arriver là ? Je devais rester une semaine à Paname pour voir du monde et apres je devais partir ici, alors pourquoi j'y suis déjà. A moins que je sois tombé sur un truc qui arrache bien et que je me sois retrouvé là. Ca m'étonnerait, je suis pas du genre à me peter le crane jusque là quand meme, enfin ça dépend, mais pas au point d'oublier comment je suis venu ou je suis maintenant... Ca me fait peur là, c'est vraiment pas marrant... Et ce portable à la con ! Jamais ça marche ça ! Pourquoi je paie pour ça ! Tient ! Vas te faire foutre, de toute façon ici tu me sers à rien ! Meme en me frottant les yeux ça part pas, je suis engoudit completement... fatigué... Bon on va voir pres de cette usine, qui sait... Ah ben en fait elle se tient encore, tout est rouillé mais l'armature semble encore solide. Y a des tas de vieux trucs, des vieilles brouettes, des conteneurs, des poulis, des chaines... Et une putain d'odeur de gaz, c'est dingue ça. Ca me rappelle, chez mon arriere grand mere, ouais. Pres de la verranda, y avait la bouteille de gaz, ça sentait par là je me souviens... J'étais petit je crois... Oh ! Nom de Dieu, un mec ! Hey ! S'il vous plait ! Excusez moi, je suis perdu, je connais pas ici, c'est où là ? On est où ? Hey, m'sieur ! Attends ! Attends, hey ! Hey connard ! Putain... Quel fils de pute celui la, il pouvait pas attendre deux secondes, je peux meme plus marcher droit, je vois rien sur les cotés, tout est brouillé. Merde, là c'est l'usine, c'est par où que je suis venu, c'est ou... Oh je reconnais plus rien là, ou je suis, je viens d'ou, je comprends plus là... Nan... Nan, c'est pas possible... Toi ? Ici ? Mais... Tu sais l'autre fois j'ai révé de toi... Je me reveillais et je te voyais allongé pas loin, je demandais si t'avais bien dormi, tu me disais que oui. Excuse moi si je parle trop, enfin d'habitude je parle pas beaucoup mais là, ici c'est différent... Excuse moi... En fait j'ai souvent imaginer te parler mais c'est pas évident, tu sais je t'ai déjà dit plein de chose dans ma tete, toi bien sure tu n'en sais rien, mais j'ai l'impression que... Enfin nan rien... Hey... Tu peux parler un peu quand meme, parce que là... Là je flippe un peu, hey euh... parle hein... C'est quoi ton nom au fait ? Parce que j'ai l'impression de connaitre quand meme quelques trucs à ton sujet mais alors ton nom, c'est bien une chose que je devine pas, je sais que c'est un joli nom mais apres... Je dois etre vraiment minable là je sais... Mais tout s'emmele dans ma tete, l'usine, mon arriere grand mere, l'autre connard, puis toi là... Qu'est ce que tu fous ici toi... Me dis pas que t'es perdu, je suis le seul à ne pas savoir ou aller ici, parmi vous tous, vous tous de mon esprit. Vous tous de la nuit... L'air est doux, on dirait qu'on est dans du coton, meme s'il fait completement nuit, qu'on est dans un trou, je trouve que c'est confortable, tu sais comme Confortably Numb, hehe... Pink Floyd, tu vois par exemple je sais que tu aimes les Pink Floyd, je sais pas pourquoi mais je le sais... On peut marcher un peu si tu veux...

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO - FLASH - OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Sept heures du matin, les yeux qui s'écarquillent et qui se referment aussitot, trop de lumière dans cette obscurité... Putain je suis où là ? Dans ma chambre, ah ouais... Ok... Lol, j'ai compris... Parfois, on se demande vraiment dans quelle région du Lacus Somniorum on se promène...
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# Posté le jeudi 01 février 2007 19:24

Attirance...

Attirance...
Parmis la foule, la précipitation et le desordre, un axe linéaire creve la cohue. Il est immobile, autour tout n'est que chaos mais il reste fixe. Les yeux des gens parcourent leurs orbites, captant les informations sous toutes leurs formes, s'abreuvant de flux lumineux, olfactifs, tactiles et auditifs. Leur attention change sans cesse, rien n'est plus stable que cette mince ligne, que ce croisement de regard. Deux regards...

Deux regards qui viennent de se croiser dans un fracas de puissance. Le temps est figé, tout est en mouvement mais rien ne semble bouger. Cela s'est produit plusieurs fois, le temps s'est arreté plusieurs fois. Apres, c'est éprouvant, c'est troublant, ça perturbe le fonctionnement et l'harmonie cérébrale. Ce croisement plonge la nature frétillante dans un afflux de dopamine et de substances chimiques euphorisantes comme on plonge une lame rougeoyante dans une eau noire et glaciale. La fumée qui s'en dégage est alors ce brouillard magnétique, gris et lourd, qui nous entoure...

Sorti de cet abyme, on reprend son esprit, que l'on sentait s'élever vers d'autres cieux, vers d'autres paliers de l'inconscient. On oeuvre à sa petite vie, enviant la petite mort qui s'infiltre... Croiser encore, comme deux âmes s'entremèlent et jouent amoureusement avec la trainée étoilée de leurs deux pensées. On brûle la poussière de Lune, elle crépite... On remplit le petit réservoir de verre, jusqu'à la graduation qui frôle l'autre létale. On expulse méthodiquement l'air et on fait tinter le bout de son ongle sur la paroi de silice, qui résonne si singulièrement... Elle scintille... On sent la pudeur du corps et la fragilité enfantine de la peau que l'on perfore violement. L'éthérée tremble tandis que la tête pensante s'enivre de molécules volatiles, au rythmes des battements du gong, de la machinerie organique...

La tête tombe en arrière, le corps s'affale sur une chaise, dans une pièce aux contours indistincts. Tout est comme un cirque... Les artistes dansent et chantent. C'est comme une jolie valse qui rebondie sur les violons et coule comme une rigole d'eau claire entre les harmoniques... La fanfare explose en sonorités miéleuses et savoureuses, en couleurs spectrales. Les masques des figurants sautent au dessus du feu, figures aux expressions marquantes, traumatisantes...

C'est l'ombre qui vient nous prends... On sent sa présence, son odeur... Sa bouche si douce et fragile, que l'on aimerait effleurer. Sa peau cachée par la décense... Irrémédiablement attiré par sa nature sauvage et gracieuse... Si proche d'elle, malgré l'éblouissement et l'aveuglement de l'esprit, on juge peut etre à raison de rester encore un moment ici sans bouger... afin de prononcer le désir...

Avant de tomber dans le songe...
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# Posté le vendredi 12 janvier 2007 13:44

Voyage dans les cieux...

Voyage dans les cieux...
Cela fait maintenant 28 jours que nous voguons dans les cieux. Notre nef a fait un périple plus long que tous les voyages que j'ai pu entreprendre. Evoluer dans le temps et l'espace est quelque chose de troublant... Je suis cloitré depuis notre départ dans cette chambre somptueuse, de bon gout. Personne ne veut me dire pourquoi je fais partie de cette traversée, ni quel est notre objectif. D'ailleurs, je n'ai vu personne, je devine juste la présence de créatures à ma porte. Elles doivent piloter cet étrange appareil, et elles me donnent tous les jours de quoi manger et de quoi boire. Une fois par semaine j'ai droit à un verre de liqueur ainsi qu'à une corbeille de fruits, dont certains que je n'ai jamais vu mais à la saveur douce et sucrée. Je dispose de quelques livres, soigneusement rangés dans une petite bibliotheque de bois. Des romans pour la plupart, les autres sont, soit écris dans une langue inconnue, soit tombés en poussière. La nuit, je peux entendre les bruits caractéristiques d'un mécanisme. Des rouages grincent et de l'eau s'écoule dans des tuyauteries. J'entends aussi le crissement du bois, comme l'armature d'un navire soumis aux forces capricieuses des eaux déchainnées. Avec toutes ces constatations, j'ai pu imaginer la nature de la nef dans laquelle je suis. Une sorte d'engin volant, qui se meut grâce au vent et qui doit etre propulsé parallelement par un systéme d'hélices. Peut etre que le tout est suspendu par des ballons de gaz... En fait je n'en sais rien... Je ne sais rien non plus de mes hôtes, comment sont ils, combien sont ils... J'avoue que durant les premiers jours mon esprit s'est rendu malade de questions et de peur, mais l'attention et les soins que l'on me porte témoignent une certaine "éducation"... Peut etre dis je ceci afin de me rassurer...

Nous sommes donc au vingt-huitieme jour de traversée. J'ai ouvert la fenetre de ma chambre pour sentir l'air frais et voir l'étendue bleutée, infinie. Depuis que je suis ici, je reste des heures à regarder dehors, le spectacle est fascinant. Je suis heureux de voir qu'on me laisse la liberté d'ouvrir cette fenetre, ça me permet de m'évader sans vraiment le faire. Ce qui serait du suicide... on ne voit meme plus le sol de cette hauteur. D'ailleurs j'ai toujours peur de me pencher... Le ciel dans lequel nous flottons est immense, on ne voit ni mer, ni montagne, aucun oiseau non plus... Apres avoir violement réagit face à mon statu de "prisonnier", j'ai finalement trouvé la sérénité. En effet, ma vie en bas était rude et plutot sombre. Cet enlèvement me permet de prendre du repos. Mes pensées me sidèrent parfois... Serais je en train de développer ce fameux syndrome psychologique, qui pousse les otages à éprouver compassion et amitié envers leurs geoliers ? Je ne me souviens pas du nom du psychiatre qui a découvert ceci, peu importe...

Je regarde ma petite chambre. Un lit haut, avec un matelas douillet, une grosse armoire en bois, une bibliotheque, un bureau duquel j'écris ces mots. Tout est confortable, il y a meme un lavabo et un bidet pour faire sa toilette. Il y a un affreux papier à fleurs sur les murs, enfin... Et il y a une ampoule dans un globe de verre dépoli accroché au plafond. Et puis cette fenetre... J'y reviens sans cesse car j'ai vraiment l'impression que c'est un point crucial dans l'architecture... Je divague... La faim commence à me tourmenter, un de mes hôte est venu glisser le plateau de mon petit déjeuner par la fine fente en dessous de la porte d'entrée. Mais j'ai encore faim... On dit que l'air du large creuse l'estomac, ça doit aussi etre le cas en ce qui concerne ce genre de voyages.

Encore et toujours à écrire, c'est une habitude chez moi... Je viens enfin de manger, on m'a apporté un copieux déjeuner avec une viande qui ressemblait à de la volaille et une sauce fruitée. On me traite comme un prince ici, pas comme en bas... Attention, je me déplace vers le fenetre... Voilà, je suis installé sur le rebord, enfin pas trop pres non plus sinon j'aurais le vertige. Oh, comme ce bleu est magnifique ! C'est une couleur étrange, profonde. On ne sait quelles sont les limites d'un tel paysage, il n'y a aucun repère comme je l'ai dis plus haut. Le capitaine de cet engin volant doit etre adroit pour manoeuvrer dans les nuages. Tient en parlant de nuage, il y en a au loin. Comme des petits moutons dans leurs bleus paturages... Oh ! Je viens de voir quelque chose de stupéfiant ! Un oiseau, pour la premiere fois depuis que je me suis reveillé dans cette chambre ! Un grand oiseau noir, comme un albatros ! Fantastique ! Je vais tenté de le dessiner, cela ornera mon "carnet de voyage".

Et je regarde toujours le bleu profond, par cette petite fenetre...


"Extrait d'un compte rendu de voyage au dessus des Terres Bleues"
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# Posté le jeudi 11 janvier 2007 10:13

Quelque part sur les Terres Bleues...

Quelque part sur les Terres Bleues...
Un soleil de plomb irradie la plaine déserte. Ses rayons embrasent la moindre pousse qui sort du sol. Personne ne peut prétendre croiser le regard brulant de cet astre écrasant. La vaste plaine de la mort s'étend sur des lieues infinies, ses seules habistants sont les crânes de bovins égarés et le souffle éphémère d'une brise chaude et seche, comme le murmure lointain d'âmes immolées jusqu'à la derniere poussière... A l'Est se dressent de hautes montagnes, dont les pics et sommets sont comme des dents sorties du sol, aiguisées par l'érosion de la lumière. Aux bords de ces roches inexplorées se trouve un lac bien étrange... Ses eaux troubles et blanchatres bouillonnent et des bulles venant des profondeurs abyssales dégagent dans l'air des gaz colorés et mortels. Le jour rien ve vit en cet endroit maudit, la terre craquelé est opressée, on peut voir les ondulations de l'air au raz du sol.

Mais quand la nuit vient... une fois tous les ans... il se passe alors un évenement singulier. Une petite cabane de bois, perdue dans cette immensité sans vie, se refroidie. Ses parois de bois se nourrissent de la fraicheur nocturne, elle craque tandis que la dure chaleur se fait loin. La lumière éblouissante a fait place à un magnifique ciel noir ponctué d'étoiles et à deux petites Lunes malicieuses qui semblent s'amuser là ou personne n'est allé. Leur pâle reflexion colore le sol d'un bleu magique et révèle sur le sol quelques minéraux scintillants. Les eaux agitées du lac se sont calmées, elle crépitent tranquillement sur les bords écorchés et semblent plus claires déjà. Un vent de souvenirs vient soulever la poussière du sol. La porte de la petite cabane est ouverte, elle fait à peine la taille d'une chambre. L'espace est encombré de vieux outils, de morceaux de bois décrépi et de petites machines étranges recouvertes d'années de sédimentation. Les toiles abandonnées de quelques araignées tremblent sous les courants d'air... Sur les rares endroits non occupés des murs sont accrochés de grandes cartes faites à la main, à l'encre. Elle semblent représenter des sols montagneux et des profondeurs sous marines, les lieux sont nommés en latin et en langue inconnue... Des grimoires en décomposition sont remplis de glyphes lourds d'histoire et de sens... Sur la porte, on peut voir une inscription presque effacée : Lacus Somniorum...

Qui a bien pu vivre là, dans ce paysage hostile et étrange, loin de tout, perdue dans les pensées les plus excentrées d'une conscience compliquée, et surement morte depuis longtemps... Quel fut cet etre, qui passa des années dans cette petite cabane de bois, au beau milieu des plaines de la mort, à écrire et à dessiner des choses imaginaires... Quelles choses incroyables a t-il pu découvrir sur ces montagnes aux arretes tranchantes et les eaux intrigantes de ce lac aux vapeurs colorées...

Tout ceci est loin... Tout ceci appartient peut etre à un autre lieu, à un autre monde... Seul les débris de ces souvenirs croisent parfois les notres et nous montrent l'infiniment petit et l'infiniment grand...



"Texte inspiré de beaucoup de choses, loitaines et infinies comme proches et réelles. La création fut rythmée par les notes si particulière et la voix rêveuse de Johannes Hopfner. Merci à lui pour cette précieuse source d'inspiration."
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# Posté le lundi 08 janvier 2007 08:09

Sombre enfance...

Sombre enfance...
Mes yeux s'ouvrent. Je me réveille lentement, ma vue s'habitue à l'obscurité de la pièce. Je prends conscience de ce qui m'entoure. Je suis dans ma chambre, étendu sur le matelas de mon lit, sous une épaisse couette en coton. Il fait bon. Quelques faisceaux de lumière traversent les volets et pénètrent dans la chambre. Cette lumière irradie un peu alentour. De mon point de vue, j'aperçois des formes, les silhouettes du mobilier présent. Les murs semblent foncés, recouverts de photos et de posters. Une chaise au milieu, un étagère à gauche et un bureau à droite. Une belle atmosphère en perspective, mais perturbée par l'inévitable, pas la fatalité. Le calme ambiant est troublé par la présence d'une chose à la fenêtre. Déjà ce récit commence à tourner, il commence à vous sembler sombre... Il s'agit effectivement de l'enfance, c'est une chambre d'enfant, je suis l'enfant. Et la paisible situation est agressé par la vicieuse convoitise de l'inconnu, de la peur.
Le mécanisme habituel se met en place. Mes muscles se crispent, je retiens ma respiration, je tente de ne faire aucun mouvement. Je suis immobile, pensant que c'est ma seule chance de survie. Je sais qu'elle est là, ou qu'ils sont là plutôt. Elle arrive toujours en dernier, d'abord ce sont ses laquais qui viennent roder comme des éclaireurs, comme des vautours... La première créature est là, juste derrière la fenêtre, elle ne bouge pas, elle renifle la fenêtre, elle sent ma présence, mais ne sait pas encore ou je suis réellement. Il ne faut pas rester là, il ne faut pas laisser les laquais découvrirent ma position, il ne faut pas lui laisser le temps de venir jusqu'à moi. Une seule solution, fuir. Je m'imagine le plan, toujours empli de frayeur mais contraint à élaborer quelque chose d'efficace et d'immédiat. Mes frères ne sont pas dans leurs chambres, je suis seul au bout du couloir. Je pense que ma mère dort dans le salon. Mais j'ai un étrange sentiment. Est-ce encore un cauchemar ? Ou est-ce la réalité ? Quand viendra la réalité ? Peu importe... Il faut y aller, la seule chance est ma mère. Alors soudain, oubliant la créature à l'aspect canin rodant derrière la fenêtre, je me lève d'un bond, je jette ma couette et je cours à toutes jambes jusqu'à la porte. Je la tire violemment et j'hésite en voyant les ténèbres de ce long couloir. Mais ça y est, je la sens, elle est entrée dans ma chambre. Alors je cours, je traverse le noir, j'aperçois déjà la faible lumière bleutée du salon. Enfin !...
Horreur... Je reste figé sur le seuil de la porte en voyant un salon vide, rangé, envahit par le doute et la mort. Ma mère n'est pas là. J'oubliais encore une fois que les cauchemars n'étaient que le reflet de la triste réalité de ce monde, je suis tout seul. Je sais maintenant que je suis condamné si je reste ici. Je ne peux pas retourner dans ma chambre, il faut réfléchir vite. Les charognards sont à mes trousses et dévalent le couloir, si j'entre dans le salon, quelque autre serviteur m'attrapera. Alors je cligne des yeux très fort, de plus en plus vite. Tel une faille dans le mécanisme cérébrale, biochimique et électrique de mes cauchemars. C'est en effet le seul moyen que j'ai pu trouver, à force d'explorer ce monde chaque nuit. Le seul moyen de forcer mon inconscient à réagir, le seul moyen de me faire sortir de cet enfer et de retourner à l'enfer de la « réalité ».

# Posté le jeudi 19 octobre 2006 19:40